19 MAR 24 - Notes pour une histoire intellectuelle du rythme : revisiter le « Premier congrès » de Genève

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En 1926 à Genève s’est tenu le "Premier Congrès du Rythme", un colloque international dirigé par le compositeur et pédagogue Émile Jaques-Dalcroze. Près de quarante communications ont été présentées par des chercheurs venus de toute l'Europe, trois keynotes ont été prononcées, deux concerts ont été organisés et près d'une centaine de délégués étaient présents. L'éventail des disciplines représentées à la conférence – philologues et linguistes, psychiatres et psychologues expérimentaux, sociologues et économistes, critiques d'art, en plus des musicologues – semble frappant, vu d'aujourd'hui. Pourtant, au-delà du domaine de la musique, le « rythme » est devenu une notion très féconde, considéré comme un mode de pensée transcendant, capable de relier divers phénomènes périodiques se déroulant dans divers domaines du temps et de l'espace : processus biologiques, formations sociales, mouvements planétaires, structures linguistiques et formes architecturales, pour n'en citer que quelques-uns. Une récente vague d'études dans les « critical rhythm studies », surtout dans les études littéraires, réexamine des pans de cette histoire multiforme (voir Glaser et Culler, eds. 2019 ; également, Golston 2007, Martin 2012, Jones 2023). Les musicologues, cependant, ne se sont pas engagés dans l'histoire intellectuelle de ce qu'on appelle la « rythmique », même si la musique a contribué à cette interdiscipline et s'en est nourrie.

 

Dans cette communication, je survole l’histoire et les actes du Premier Congrès du Rythme dans le but de situer la musique dans les discours plus large sur la rythmique qui ont surgi pendant l'entre-deux-guerres et l'après-guerre. Je suggère que cette histoire intellectuelle est essentielle pour donner sens à l'expérimentation rythmique dans la composition moderniste française, avec une attention particulière pour Olivier Messiaen – dont la revendication du titre de « rythmicien » prend un nouveau sens à la lumière de cette recherche.

 

19 mars 2024 | 14h-16h ULB, Maison des Arts Salle de projection 

 

Peter ASIMOV (Magdalene College, University of Cambridge)

Image : Kamel (in rhythmischer baumlandschaft), 1920