11 MAR 24 - Liqaa Marooki : « Le rôle des musiciens Qawwâl dans le pèlerinage Jamâ'iyah de la communauté Yézidie du nord de l'Irak »

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À la fois musiciens et officiants religieux yézidis, les qawwâl jouent un rôle essentiel dans la vie rituelle et sociale de cette communauté ethnico-religieuse de langue kurmanji (langue kurde). Du fait de l’absence des livres saints, les qawwâl sont un des piliers de la religion, et les seuls chargés à les transmettre en musique.  De là découle la problématique de la thèse : quelle est la contribution des qawwâl en tant que garants et gardiens du répertoire musical sacré yézidi, à insuffler la vie et à fortifier une communauté fragilisée tant par des menaces intérieures (les luttes pour le pouvoir) que par des dangers extérieurs représentés par plusieurs compagnes de persécution, dont la dernière a eu lieu en 2014 et a constitué une tentative de génocide de la communauté yézidie du nord de l’Irak. En s'accompagnant du daf, tambour sur cadre, et du shibbâba, flûte oblique – deux instruments considérés comme sacrés – les qawwâl sont les seuls animateurs des fêtes et cérémonies religieuses, dont le pèlerinage Jamâ‘îyah (la fête du rassemblement), un pèlerinage annuel de sept jours sur lequel se focalise ma thèse.

La musique yézidie présente de nombreuses particularités formelles : hétérophonie, décalage temporel et écart tonal entre la voix et la flûte oblique, en outre il existe une variété rythmique très particulière. Je m’interroge sur les significations anthropologiques et musicologiques de ces particularités hétérophoniques et rythmiques assez étranges : n’ont-elles pas des significations cosmologiques, en relation avec l’imaginaire des Yézidis, lui- même très syncrétique ? Quelle relation celles-ci entretiennent-elles, par les deux instruments de musique, avec le mythe de la création du premier homme ?                                                                                  

La présente thèse pionnière, qui étudie la musique religieuse yézidie, met en lumière une originalité d’interprétation ainsi qu’une diversité rythmique et mélodique dignes de fournir la matière à de nouvelles recherches plus approfondies.

 

Liqaa Marooki (Sorbonne Université, IReMus)

En collaboration avec l’International Council for Traditional Music

11 mars 2024 | 16h-18h, Maison des Arts (Salle de projection)

 

Image : Les qawwâl jouant la prière du soir, au sanctuaire du sheikh ‘Âdî à Lalish-Nord de l'Irak, Jamâ‘îyah, octobre 2019